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LA SUPPRESSION DU MOT "RACE" DANS LA CONSTITUTION. UNE FAUSSE BONNE IDÉE.

05/07/2018 09:55
Le Gouvernement a déposé le mercredi 9 mai 2018, le projet de loi constitutionnelle pour une démocratie plus représentative, responsable et efficace.
 
Une mesure symbolique de la réforme constitutionnelle ne figure pas dans le projet déposé : la suppression du mot « race » de l’article 1er de la Constitution. Elle est issue d’un amendement parlementaire ajouté pendant les discussions sur le projet. Mercredi 27 juin, les députés ont donc décidé que le mot « race » serait ôté de l’article 1 de la Constitution, qui disposerait désormais que la France « la France assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction de sexe, d'origine ou de religion ». La mesure a été votée à l’unanimité en commission à l’Assemblée nationale le 27 juin dernier et devrait, selon toute logique, être adoptée le 10 juillet prochain.
 
Ajouter des mesures à un texte dans le cadre des discussions parlementaires comporte un avantage considérable, cela permet d’éviter opportunément l’avis du Conseil d’Etat (qui ne peut porter que sur le projet présenté par le Gouvernement) au cas où le Conseil mettrait en lumière les incohérences juridiques de tels ajouts. Il y a effectivement lieu à discuter de la nécessité tant juridique que symbolique de cette mesure.

Un serpent de mer 

La suppression du mot « race » de la Constitution, c’est un peu comme le droit de vote des étrangers, cela fait des années qu’on en entend parler mais cela n’a jamais abouti. Promesse de campagne de François Hollande finalement abandonnée, cette mesure a été relancée par des députés LREM qui considèrent que le terme de « race » ne serait plus adapté à une société démocratique du XXIème siècle, qu’il rend la Constitution symboliquement violente, mal comprise (on se demande bien par qui) et infondée. Vraiment ? A y regarder de plus près, cette mesure apparaît pourtant aussi inutile que dangereuse.

D'autres textes prohibent la distinction selon la "race"

Inutile car la Constitution n’est pas le seul texte qui emploie le mot « race ». L’article 2 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, l’article 14 de la Convention européenne des droits de l’homme et l’article 21 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne adoptée en 2000 prohibent toute distinction fondée sur la « race ». Supprimez le mot « race » de la Constitution, il demeurera malgré tout en vigueur au sommet de l’ordonnancement juridique.
 
Au delà de s'avérer inutile en droit, cette mesure, quand bien même elle partirait d’un bon sentiment, trahit une méconnaissance de l’histoire constitutionnelle de la France. L’introduction du terme « race » dans la Constitution en 1946, confirmée en 1958 n’a jamais eu pour objet ou pour effet d’exprimer une pensée raciste. Bien au contraire, il s’agissait, après l’horreur du nazisme, de nommer clairement son ennemi afin de mieux le combattre. La volonté de prohiber toute distinction de race s’inscrit dans la droite ligne de la Déclaration des droits de l’homme de 1789 selon laquelle les distinctions ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. Vouloir supprimer le mot « race » en considérant d’une part qu’il affirme l’existence des races et d’autre part qu’il permet de valider le racisme, c’est manifestement ne rien comprendre son utilité dans le texte suprême.

Une société de plus en plus racialisée

Dangereuse, l’opportunité de supprimer le mot « race » l’est assurément. Vouloir supprimer le mot « race », c’est vouloir supprimer l’expression qui lui est associée à savoir « sans distinction de race », c'est-à-dire la suppression du principe selon lequel on ne distingue plus selon la race. C’est extrêmement préoccupant à une époque où justement les distinctions raciales à l’anglo-saxonne deviennent de plus en plus présentes.
 
Depuis 1998, on se gargarise bêtement devant une France prétendument « black, blanc, beur », la diversité est promue au rang de dogme et chacun est renvoyé à sa race. Une certaine parole décomplexée se libère, nous l’avons encore entendue ce week-end à l’occasion de la scène surréaliste survenue dans l’émission « Arrêts sur images » dans laquelle l’homme qui prétendait ne pas en être un regrettait que les invités du plateau fussent tous blancs. Comme s’il ne pouvait exister de débat sans composition raciale idéale. Les discours effrayants se banalisent, les ateliers en « non-mixité » pour personnes dites « racisées » se multiplient impunément. Le Président de la République lui-même (ainsi que la Ministre de la Culture et la présidente de France Télévisions) regrette la surreprésentation des « mâles blancs » et invite à l’Elysée un artiste s’affichant ostensiblement « noir et pédé ». La société se racialise, le travail de sape du modèle français républicain est à l’œuvre et on glisse dangereusement vers une américanisation de la pensée (mais qu’importe après tout, pour notre Chef de l’Etat, la culture française n’existe pas).
 
Comme l’a très justement écrit Mathieu Bock-Côté « Que pensent les députés qui se sont ralliés à cet amendement de cette effrayante racialisation des appartenances ? »
 
Le rôle de la Constitution n'est pas de dire la vérité biologique

On entend dire que c’est parce que les races n’existent pas que le mot doit disparaître. Soit, mais si la Constitution ne devait comporter que des notions qui existent, alors pourquoi ne supprimerions-nous pas celle qui donne au Gouvernement le pouvoir de déterminer et de conduire la politique de la Nation ? En effet, pour beaucoup d’adeptes de la déconstruction du roman national, il n’existe pas de nation française et nous serions face à une fiction juridique. Pourquoi également ne supprimerions nous pas la référence à la parité au motif que pour certains la distinction homme-femme n’a aucune consistance et qu’ils ne s’y retrouvent pas ?
 
Ceux qui entendent supprimer le mot « race » arguent du fait que scientifiquement c’est prouvé qu’il n’existe pas de race, que c’est contraire à la théorie de l’évolution. Soit, mais la Constitution n’a pas à traiter des réalités biologiques mais des réalités sociales. Ce n’est pas un essai scientifique, c’est un texte de droit.

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